GENERALITES
LES CHIRURGIES DE L'OBESITE
Les chirurgies de l'obésité (dites « bariatriques ») comportent toujours une forme de restriction c'est-à-dire une diminution de la capacité de l'estomac et donc des volumes alimentaires lors des repas.
LES OPERATIONS
Les opérations se répartissent en :
- « restrictives » : anneau gastrique, gastroplastie verticale calibrée (opération de MASON ou sa variante MASON-McLEAN) et la sleeve gastrectomie.
- « malabsorptives » : bypass gastrique et dérivation bilio-pancréatique ± duodenal switch.
LA MALABSORPTION
Dans la malabsorption un court-circuit intestinal plus ou moins important modifie la digestion (notamment en diminuant l'absorption des graisses et protéines). Cette malabsorption va aussi affecter un certain nombre de vitamines ou oligo-éléments nécessitant une compensation au long cours. Des bilans sanguins tous les 3 mois la 1ère année, 4 à 6 mois la 2ème année et 6 mois à 1 an ensuite s'assurent de l'absence de carence et permettent d'adapter les suppléments vitaminiques.
LA PERTE DE POIDS
La perte de poids a lieu en principe durant les 2 années suivant la chirurgie (elle souvent plus rapide durant la première année). La perte de poids maximale s'observe habituellement entre 1 an et demi et 2 ans. Cette perte de poids est exprimée souvent en pourcentage de perte d'excès de poids . L'excès de poids est défini comme la différence en Kg entre le poids avant l'opération et le poids « idéal » qui correspond à un IMC de 25. Au-delà (5 ans après l'opération), il est classique (bien que non systématique) d'observer une reprise de poids et ce DANS TOUTES LES CHIRURGIES BARIATRIQUES (voir article par KOLANOWSKI)
LIRE ICI LE CONSENSUS SUR LA PRISE EN CHARGE DE L'OBESITE SEVERE EDITE PAR LE "GRATO" (Groupe Angevin pour le Traitement de l'Obésité)
DEROULEMENT DE LA PRISE EN CHARGE
LORS DE LA CHIRURGIE BARIATRIQUE
Docteur Hélène JOSEPH-HENRI
Médecin Nutritionniste attaché au C H U ANGERS
Pôle de Consultations Tassigny, 140 av de Lattre de Tassigny ANGERS
Les patients pris en charge sont des obèses de masse corporelle élevée, « BMI » (poids
sur taille²)
- BMI supérieur à 35 avec facteurs de comorbidité,
- en obésité morbide avec BMI supérieur à 40, 50 voire 60,
- de 18 à 65 ans.
AVANT LA DECISION CHIRURGICALE :
. Tout un cheminement médicalisé est demandé au patient, à partir de la première
consultation de demande de solution chirurgicale pour son obésité, sur un délai minimum
de 6 mois à un an.
Tout d'abord le médecin traitant doit s'assurer que son patient a bénéficié auparavant de
suivi nutritionnel, d'activités physiques, voire de soutien psychologique.
Puis le chirurgien lors de la première consultation établit une estimation de possibilité
chirurgicale, et indique les différents consultants à rencontrer. Une commission de médecins
« Le GRATO » s'assurera que le patient a bien bénéficié de tous les intervenants.
En effet il s'agit de rechercher des comorbidités c'est-à-dire des maladies ajoutées, par :
- pneumologue : enregistrement d'apnées du sommeil surtout s'il y a des ronflements,
une insuffisance respiratoire restrictive,
- cardiologue : traiter une hypertension artérielle, des troubles du rythme, recherche de
maladie coronarienne ou d'autres artères,
- psychiatre : traiter une dépression, stabiliser des troubles de l'humeur, éliminer une
psychose ou schizophrénie qui peuvent être des contre-indications à cette chirurgie,
évaluer l'isolement , la difficulté de vie du patient,
- psychologue : pour coter par tests d'échelles : anxiété, dépression, boulimie ou autres
troubles compulsifs, qualité de vie,
- gastro-entérologue : fibroscopie pour diagnostiquer une éventuelle hernie hiatale, un
ulcère, la présence d' hélicobacter pylori, et s'il ya des antécédents familiaux de
cancer colorectal : une colonoscopie,
- nutritionniste, endocrinologue : pour un examen clinique et bilan biologique
complet , diabète, thyroïde, surrénale, maladie du foie, de recherche de carences en
fer, oligoéléments, et vitamines ; et instituer une correction si nécessaire,
-
- diététicienne pour décoder le mode alimentaire du patient, corriger, équilibrer,
déculpabiliser, et instituer une ration fractionnée suffisamment protéinée, ainsi qu'une
hygiène de vie avec activité physique, lors de 4 à 6 consultations,
-
- anesthésiste, avec évaluation des risques thrombo-emboliques,
-
- gynécologue : pour décider d'une contraception par implant ou stérilet, pour une
mammographie de dépistage chez les patientes de plus de 50 ans.
Entre temps le patient peut participer au groupe de parole dans le service de psychiatrie du
CHU, où il peut évoquer la perception de son mode de vie, ses réticences, ses échecs, sa place
identitaire. On lui conseille aussi de contacter l'association des obèses (APECO) où il
rencontrera des personnes opérées et non opérées.
Après ce circuit au sein du « réseau », le chirurgien décide d'une hospitalisation de 1 à 3
jours dans le service d'endocrinologie nutrition, pour refaire le point global, rectifier au
besoin certains traitements, explorer la calorimétrie, évaluer la masse grasse et l'index de
masse musculaire qui doit être suffisant avant l'opération, afin d'éviter une fonte musculaire
vitale après opération.
Puis,le dossier médical, avec tous ces résultats, est présenté en réunion du GRATO (GRoupe
Angevin de Traitement de l'Obésité)
La discussion décisionnelle se fait à partir de tous ces éléments médicaux, de façon
collégiale, en présence de chirurgiens, nutritionnistes, endocrinologues, psychiatres ,
psychologues et diététiciennes.
Un dossier peut être mis en attente : le patient n'étant pas prêt sur le plan nutritionnel, ou bien
présentant une maladie ou difficulté psychiatrique mal stabilisée.
Si l'option chirurgicale est accordée, la discussion s'établit autour du type de chirurgie :
- chirurgie restrictive pure : anneau gastrique ajustable, sleeve gastrectomie,
- chirurgie mixte restrictive et malabsorptive : by pass, dérivation bilio pancréatique
avec ou sans duodénal Switch,
Selon :
- l'âge du patient,
- ses pathologies (By pass ou Dérivation bilio-pancréatique chez le diabétique),
- ses antécédents chirurgicaux
- son BMI (dérivation bilio-pancréatique chez l'obèse de plus de 50 de BMI),
- son mode de vie (contraintes liées aux différentes techniques)
- le désir de grossesse ou non...
La demande d'entente préalable chirurgicale est alors adressée à la sécurité sociale.
Le patient décide avec le chirurgien.
APRES L'INTERVENTION CHIRURGICALE :
Opéré, le patient reste dans le réseau.
Une surveillance immédiate et sur le long terme est indispensable, en raison des carences
nutritionnelles créées, de la métamorphose corporelle, et des changements psychiques.
Le suivi du patient comporte :
- consultations diététiques : dans le post opératoire immédiat : alimentation mixée
fractionnée, dans les mois qui suivent : surveillance de la ration protido-glucidique, et
calcique, ration hydrique.
- consultations nutritionnelles et endocrinologiques : supplémentation minérale et
vitaminique selon le type de montage chirurgical, en post opératoire immédiat : fer,
poly-vitamines, puis suivant les bilans biologiques : zinc, calcium, vitamines B1, B12,
D, et dans les dérivations bilio-pancréatiques les vitamines liposolubles.
Ces compléments seront à prendre régulièrement ,à vie, ils sont adaptés à chaque
patient suivant ses bilans biologiques
Le traitement du diabète sera allégé très rapidement avant même l'amaigrissement
dans les chirurgies mixtes,
Le traitement de l'hypertension artérielle sera modulé , celui des maladies
thyroïdiennes surveillé.
- consultation pneumologique car rapidement la plupart des patients peuvent se passer
de l'assistance ventilatoire,
- mise en route d'une rééducation musculaire globale, à sec ou en piscine, et par une
activité physique quotidienne, afin de maintenir un index de masse musculaire
supérieur à 9 chez la femme, 11 chez l'homme,
- consultation psychiatrique ou réévaluation psychologique : en effet cette
métamorphose corporelle induit un changement de vie, de place au regard des autres et
un questionnement sur la propre identité du patient, il passe du trop à autre chose qui
peut être du plaisir mais aussi du trop peu ou du manque ; une bascule psychique est à
surveiller,
- participation au groupe de parole psychodiététique au CHU : pour un
accompagnement dans ce changement parfois euphorique au début, difficile ensuite,
pour trouver d'autres moyens d'exister, pour accepter d'autres bénéfices,
- bien sûr consultations chirurgicales, post opératoires et annuelles.
Des hospitalisations de controle sont effectuées en endocrinologie nutrition, à 3 ou 6 mois,
puis annuelles pour effectuer toutes les réévaluations biologiques, cliniques, qualité de vie, et
corrections. Ces hospitalisations viennent en complément et non en remplacement des
consultations de surveillance par nutritionniste endocrinologue de ville
Le cas particulier du désir de grossesse : il est conseillé à la jeune femme d'éviter d'être
enceinte dans l'année qui suit l'intervention chirurgicale bariatrique afin d'avoir le temps de
stabiliser la perte pondérale et de compenser les carences. Une attention toute particulière est
portée lors de la grossesse et dans les suites de l'accouchement, de l'allaitement.
Dans les deux ans après la chirurgie bariatrique, le patient peut nécessiter une chirurgie
reconstructrice esthétique abdominale , mammaire. A cette étape le GRATO n'intervient
pas.
Après dix ans de suivis des patients, il est à constater du peu d'échecs.
Ces derniers étant plus souvent le fait du patient qui n'est plus suivi, ne prend plus ses
compléments nutritionnels.
Il peut y avoir aussi des dilatations ou « néo poche » de l'estomac.
Après la perte de poids majeure initiale, il y a un plateau et toujours une petite reprise de
quelques kilos qui est à surveiller.
Le suivi du patient, avec la vigilance du GRATO sont les meilleurs garants d'une réussite de
ce type de choix thérapeutique de l'obésité.